« Ain’t I a woman ? »

Publié: 29 janvier 2012 dans elles en ont, HERstory
Tags:, ,

Début du mouvement féministe américain. Convention des femmes, Akron, Ohio, 1851. Des hommes hostiles au vote des femmes. D’après l’un d’eux, il serait ridicule d’accorder ce droit aux femmes incapables d’enjamber une flaque ou de monter seule en voiture. Réponse de Sojourner Truth, ancienne esclave noire.  Récit d’Angela Davis(1) :

 

 

 

« Sojourner Truth lui fit remarquer avec une simplicité désarmante que personne ne l’avait aidée à enjamber une flaque d’eau, ni à monter dans une voiture.

« Et ne suis-je pas une femme ? », reprit-elle. Avec une voix qui « roulait comme le tonnerre« (2) elle lança : « Regardez-moi ! Regardez mon bras« , et elle releva sa manche pour dévoiler son « extraordinaire musculature »

« J’ai labouré, planté, engrangé, et nul homme ne m’a surpassé ! Ne suis-je pas une femme ? J’ai travaillé et mangé autant qu’un homme – quand je le pouvais – et j’ai même supporté le fouet ! Ne suis-je pas une femme ? J’ai mis treize enfants au monde et presque tous ont été vendus en esclavage. Et quand j’ai hurlé ma douleur de mère, Dieu seul m’a entendue ! Ne suis-je pas une femme ?

A la convention d’Akron, Sojourner Truth osa ce qu’aucune de ses timides soeurs blanches n’avait tenté. Selon la présidente, « A cette époque, très peu de femmes s’aventuraient à parler en public« . Après avoir brillament plaidé la cause de son sexe,  forcé l’attention des femmes blanches et de leurs adversaires masculins, Sojourner Truth fut spontanément aplaudie comme l’héroïne du jour.

[…]

France Dana Gage, présidente de la Convention d’Akron, décrivit ainsi l’impact du discours de Sojourner Truth :

« Elle nous avait prises dans ses bras solides pour nous faire traverser sans dommage des terrains minés. Elle avait renversé la situation en notre faveur. De ma vie je n’ai jamais rien vu de comparable à la magie qui subjuga cette foule et transforma les huées de la horde excitée en marques de respect et d’admiration(3). »

L’appostrophe de Sojourner Truth « Ne suis-je pas une femme » était aussi une allusion au racisme des femmes blanches qui firent ensuite l’éloge de leur soeur noire.

[…]

Heureusement pour les femmes de l’Ohio, pour le mouvement des femmes en général – que le discours de Sojourner Truth anima d’un soufle de militantisme combatif – et pour nous qui nous inspirons encore de ses paroles – France Gage ne céda aux pressions racistes de ses camarades. La répose de cette femme noires aux phallocrates contenait aussi une leçon pour les femmes blanches. En répétant au moins quatres fois la question « Ne suis-je pas une femme ? », elle révéla les préjugés de classe et le racisme du nouveau mouvement des femmes. »

 

(1) Angela Davis, Femmes, race et classe, 1983, Des femmes-Antoinette Fouque

(2) Angela Davis cite Stanton et al, History of women suffrage, Vol I, p. 115, 117

(3) Ibid.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s