Du « matériel » ou l’actualité de la femme objet

Publié: 1 avril 2012 dans Les ruses du sexisme
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J’ai hésité à commencer ce texte. Parler de DSK sur un blog féministe c’est presque trop facile. Sur le vocabulaire employé « parties fines », « libertinage » etc. je renvoie à l’article du blog Le mauvais genre qui met les choses au clair.

Ce qui m’a récemment encore plus révulsée dans cette histoire sordide de proxénétisme, c’est un des mots employé par DSK dans ses fameux SMS qui ont figuré dans les PV que Le Monde a révélé. Ce mot, c’est « matériel« . Dans un sms envoyé à l’un de ses complices il lui propose de se joindre à lui pour aller dans un boite de partouze avec « du matériel ». Il a « admis » que ce mot – utilisé pour désigner plusieurs femmes, parce que ça allait plus vite que de toutes les nommer – était « inconvenant et inapproprié ».

« Inconvenant et inapproprié » ? Bien plus, ce mot dont je ne saurais dire la colère qu’il provoque en moi, est révélateur de la conception qu’il se fait des femmes. Elles ne sont pas des personnes, des sujets, mais des objets. Des objets avec lesquels on joue, que l’on offre (il parle de l’une d’elles comme « cadeau » pour un autre de ses complices). Que l’on viole. Car c’est bien une scène de viol que raconte une de ces femmes et que l’on peut lire dans ce même article du Monde. Je ne sais pas comment appeler autrement le fait de contraindre une femme à un rapport alors qu’elle manifeste son refus.

La ligne de défense de DSK est de faire passer tous ceux qui l’accusent pour d’horribles moralistes réactionnaires qui se scandalisent du « libertinage ». Je remarque que c’est les mêmes arguments qu’on entend souvent lorsque l’on s’en prend au statut de la femme-objet dans la publicité.

D’abord, c’est de l’humour on a rien compris, mais c’est bien connu, les féministes n’en ont pas (c’est super drôle de comparer une crème fraîche-qui-sert-à-tout-dans-la-cuisine et une femme qui s’appellerait Babette dont on (un homme) pourrait tout exiger). Ensuite les féministes seraient des horribles réactionnaires qui voudraient s’en prendre à la liberté artistique des pauvres publicitaires en censurant toute forme de nudité.

Ce qui choque dans ces pubs, ce n’est pas la nudité elle-même. Ces pubs sont chacune à leur manière emblématique de ce qui a été appelé la femme-objet. Des corps de femmes, ou des parties de corps de femmes, souvent sans tête, utilisé dans l’unique but de vendre un produit. Les femmes de ces images n’existent plus en tant que personne, elle n’ont plus aucune subjectivité, elles ne pensent évidemment pas, n’ont pas d’émotion, pas de volonté. Elles sont juste placées là, à disposition de l’objet qu’elles font vendre, à disposition du regard.

On entend régulièrement au sujet de DSK qu’il serait « malade », qu’il souffrirait d’une « addiction au sexe ». Bizarrement ce concept semble connaitre un succès croissant. On peut se demander si, au-delà de la réalité médicale qu’il pourrait recouvrir, il ne permet pas aussi souvent d’excuser ou de banaliser des comportements que l’on pourrait davantage qualifier de consommation d’objets plutôt que de rapports qui impliquent deux sujets. Or, les personnes qui souffriraient de cette « addiction » seraient à 80% des hommes. Doit-on répondre à ce chiffre que les « besoins sexuels » des hommes seraient naturellement supérieurs à ceux des femmes ? Ou bien plutôt que, même en admettant qu’il s’agisse d’une maladie, c’est le produit d’une société patriarcale qui objective les femmes, qui crée un univers fantasmagorique pour hommes (hétéros évidemment), depuis l’industrie pornographique jusqu’aux pubs les plus « innocentes » où elles sont à disposition, prêtes à assouvir leurs fantasmes ? Est-ce que ces comportements ne sont pas entretenus par des Zemmours qui affirment que l’homme est naturellement un « prédateur » que la société devrait simplement « civiliser », mais ne surtout pas déviriliser (1) ?

DSK n’est probablement pas un malade. A moins de considérer toute personne qui abuserait de son pouvoir et de son argent comme malade. Il est le parfait produit de ce patriarcat. Il avait l’argent et le pouvoir, et donc la conviction qu’il pouvait se permettre tout ce qu’il voulait. Comme si ni rien ni personne n’était là pour rappeler que ce « matériel » était des personnes, des sujets. Il n’est pas un cas isolé, il est l’aboutissement d’un rapport de pouvoir qui dans ses conséquences ultimes ne fait plus des femmes que des objets.

(1) « Le poil est une trace, un marqueur, un symbole. De notre passé d’homme des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité. De la différence des sexes. Il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant. » Le Premier sexe, pp. 32 et 33.

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commentaires
  1. Bonsoir,
    Merci pour cet article intéressant. L’auteure du blog « Je putréfie le patriarcat » a publié un article sur le concept de « sex-addict » : http://jeputrefielepatriarcat.blogspot.fr/2011/11/gare-au-terme-sex-addict.html
    Au plaisir de vous lire,
    Camille.

  2. sainkho dit :

    la sexualité masculine est elle foncièrement une sexualité d’objets … ???? les fétichistes sont des hommes, quasi tjrs, des hommes… sincèrement je n’ai plus grand espoir sur ce plan là à part bien sur lutter contre la marchandisation de l’humain et donc des femmes et des enfants à des fins de prostitution… mais changer une certaine sexualité masculine j’ai de gros doutes… si nous sommes bcp plus semblables que différents, nous sommes différents sexuellement et c’est pas qu’une question de socialisation différenciée… je n’y crois plus du tout… merci pour vos articles

    • Je ne crois pas que ce que la différence entre serait une « sexualité féminine » et une « sexualité masculine » vienne vienne d’une différence naturelle ou essentielle, mais bien d’une socialisation genrée. La catégorie de la population élevée comme « homme » est socialisée dans une société où on leur apprend que les femmes sont des objets à leur disposition. dans une société non patriarcale basée sur une réelle égalité et je pense, en dernière instance, non structurée par cette polarité « homme »-« femme » permettrait des sexualités, aussi bien pour les hommes que les femmes, différentes, plus épanouies et surtout plus respectueuse.

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