essai d’exégèse féministe

Publié: 14 mai 2012 dans Uncategorized
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Dans un des best-sellers des récits de l’origine de l’humanité on peut lire

Le Seigneur Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena. L’homme s’écria : 

« Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair,

celle-ci on l’appellera femme, car c’est de l’homme qu’elle a été prise » (1)

En hébreu homme se dit « ish » et femme « isha ». « Femme-isha exprime donc nominalement le fait de dériver, de venir de l’homme.

Et plus loin :

L’homme appela sa femme du nom d’Ève – c’est-à-dire La Vivante -, car c’est elle qui a été la mère de tout vivant (2)

Beaucoup de choses sont intéressantes dans ces quelques mots. Je ne vais pas faire tout un texte sur les rapports entre religions et patriarcat, je n’en ai pas les compétences, et il y a déjà beaucoup d’études sur cette question. Je voulais juste m’arrêter sur cette action de nommer la femme qui est dévolue à Adam.

Nommer comme rapport de pouvoir

L’homme, qui est au centre de la création dans le récit biblique possède un pouvoir de nommer. Avant la femme, il doit nommer toutes les créatures que Dieu lui présente. Dans le chapitre deux de la Genèse dont est extraite la première citation, Dieu crée d’abord l’ensemble des êtres vivants pour que l’homme ne reste pas seul. Ils sont créés pour lui, c’est pourquoi lui revient la prérogative de les nommer. A la suite, la femme est créée à partir d’une partie du corps même d’Adam. Le verset qui suit la première citation « Ainsi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair« , aurait pu laisser penser une forme de symétrie dans cette complémentarité. Mais ces paroles de l’homme « On l’appellera femme » établit au contraire une assymétrie fondamentale, puisqu’elle est nommée au même titre que l’ensemble des êtres vivants, que les animaux. En nommant la femme, l’homme verbalise une relation de domination. Et il réitère cet acte cette fois en la prénommant, alors qu’ils sont chassés du paradis avec l’injonction de se reproduire.

Un nom, une place

Les noms donnés dans ce récit ne sont pas des simples étiquettes mais établissent un ordre des choses, ils attribuent une place, un rôle.

Isha, « femme » signifie donc le fait de dériver de l’homme. La femme ne se comprend donc pas comme existante par elle-même mais relativement à l’homme. C’est l’idée que va développer Simone de Beauvoir en introduction au Deuxième sexe, l’homme est l’absolu, la femme est le relatif. En français le mot femme désigne aussi bien une personne de sexe féminin que l’épouse, contrairement au mot homme qui désigne une personne de sexe masculin et l’universel, l’être humain de façon générale. Il y a un mot spécifique pour l’époux, le mari, ce qui signale que l’ « homme » peut exister sans femme, qu’il est complet par lui-même.

Ève, « la vivante », « elle qui a été la mère de tout le vivant », est tout aussi explicite. Etre femme, c’est être mère. Là encore, on peut dire que la femme n’existe donc pas pour elle-même, mais en vue des enfants qu’elle doit avoir. D’où la malédiction pour une femme d’être stérile qui est commune à de nombreuses cultures. Une femme qui ne peut pas avoir d’enfant est inutile.

 Il serait utile de comparer avec d’autres récits sur les origines de l’humanité pour voir si on retrouve cette même situation où c’est l’homme qui nomme la femme et détermine ainsi la place qui lui revient.

(1) La Bible, TOB, 2, 22-23

(2) Ibid., 3,20

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